Question de vie ou de moeurs

807602-968665À l’heure de la mondialisation, difficile pour les peuples du monde entier de conserver leurs rites, leurs traditions séculaires. Des habitudes perpétuées au fil des siècles pour le plus grand bonheur des amateurs de particularismes identitaires. Face aux interrogations suscitées par une société globalisée, elles apportent des réponses rarement remises en question.

Il en est ainsi d’une coutume locale des îles Féroé, archipel farouche et sauvage exilé au large du Danemark. Tous les ans, des centaines de personnes se réunissent dans une crique pour s’adonner à un singulier spectacle : se ruer sur des bancs de dauphins, armés de toutes sortes d’objets contondants, dans le seul et unique but de blesser mortellement les cétacés. Ceci dans une mer qui, au fur et à mesure, rougit de honte, et dans un climat de fête et de communion avec la nature. Plus précisément contre la nature.

Dans nos civilisations policées autant que policières, il est devenu difficile de se défouler à peu de frais. Qui plus est sur des êtres sensibles et pacifiques dont on ne risque aucune vengeance, ni rancune en retour. Qui plus est dans un cadre rendu légal par le folklore hérité des ancêtres. L’extermination de dauphins à la machette et à la barre à mine permet cette catharsis tout en faisant la nique à ceux qui crient Sus aux coutumes !

Évidemment ce spectacle ne va pas sans susciter quelques réactions indignées parmi les défenseurs de la cause animale. Mais combien parmi eux ont réellement assistés à cette cérémonie ? Peut-on se forger un avis objectif sans avoir pris la peine de se déplacer pour essayer de comprendre, sans avoir vécu l’intensité de l’évènement ? Le débat est ouvert. Faut-il avoir vu ou participé à un massacre pour se forger une opinion sur ce dernier ? Comme pour la corrida. Comme pour la lapidation.

Dès lors, pourquoi ne pas imaginer d’autres types de rituels qui perdureront peut-être à travers les époques. Par exemple, crever les yeux d’un panda et le lâcher sur le périphérique parisien. Clouer un koala vivant sur une planche et lui lancer des fourchettes. L’imagination de l’Homme est sans limite dans ce qu’il a le culot de nommer la cruauté animale, la bestialité.

En attendant qu’un jour, une nouvelle coutume décrètera de couper les mains de celles et ceux qui se rendent coupables de telles abominations. Et que les garants du respect des traditions au nom de l’identité culturelle se charge de la faire respecter pour des siècles.

 

Guillaume Meurice

09/11/2013

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Tiers état européen

images« C’est à cause de l’Europe ! » demeure dans le Top 10 des réflexions les plus entendues, du comptoir des bistrots aux assemblées citoyennes, en passant par de nombreux partis politiques. L’Europe est donc paradoxalement devenue une tête de turc, alors même qu’elle refuse toujours obstinément l’entrée de ce pays en son sein.

Bâtie sur les ruines de deux guerres mondiales, cette union de nations porte un projet construit sur une sentence : « Plus jamais ça ! ». La politique, en théorie « exercice pacifié des rapports de force », devait donc permettre aux populations de chaque état d’envisager leur relation aux autres, non comme une crainte permanente, mais comme de nouvelles perspectives de partenariats. Pourtant, plus de 60 ans après la signature du traité fondateur, force est de constater que les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances. Et que ces espérances se sont dissoutes dans les mauvais résultats.

Chômage, récession, insécurité sociale. Aucun des pays de l’Union européenne ne semble avoir échappé à ce climat de crise, même si certains ont mieux résistés aux assauts de la finance mondiale. En ligne de mire, une gestion libérale de l’économie consistant à faire confiance au seul marché pour s’autoréguler. Un fiasco aussi total que prévisible. Avec pour cible symbolique, la monnaie unique. En effet, face à ses pourfendeurs pas avares en critiques, l’Euro n’a pas été épargné.

Pourtant, qui sont ces personnes qui mènent ce beau projet à sa perte ? Quelques puissants dictateurs ayant pris le pouvoir par la force des armes ou des représentants démocratiquement élus au suffrage universel ? Certes, pour prendre l’exemple français, le refus de la Constitution Européenne par référendum n’a pas été suivit de fait. Mais qui n’a pas respecté le souhait du peuple, sinon un ensemble de parlementaires choisi par ce même peuple ?

Frôlant des records d’abstention, les élections européennes sont régulièrement l’occasion de constater que bon nombre d’individus continuent de se plaindre d’une politique qu’ils ne paraissent pourtant pas pressés de voir bouleversée. De fait, ils laissent les suffrages exprimer leur souhait de confier le pouvoir à des gouvernants qui l’utilisent comme un outil d’enrichissement personnel, via la trahison d’un projet démocratique en un unique moyen de spéculer sur des dettes. Et ainsi peu de chance de voir les eurosceptiques se transformer en europtimistes.

Dès lors, l’ensemble des citoyens de ces pays traverse des difficultés non pas « à cause de l’Europe ». Mais à cause des électeurs !

 

Guillaume Meurice

28/10/2013

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Dommages et désintérêt

Naufrage_bateau_migrants_illegaux_LampedusaUn cambrioleur rentre chez lui après une nuit fructueuse et ferme sa porte à double tour. Le butin ainsi recueilli lui permettra de vivre un long moment à l’abri du besoin. Pour les personnes flouées, ruinées, le seul recours sera de contracter des crédits auprès… du cambrioleur lui même. Et ceci dans un cadre strictement légal. Ce cambrioleur s’appelle « les pays riches ». Ces cambriolés s’appellent « le reste du monde ».

Des siècles de dévastations, de colonisations, de pillages, dont les conséquences se mesurent aujourd’hui à l’écart dramatique des conditions de vie entre certains États. Lorsqu’un citoyen français s’estime fier de son pays, ignore-t-il les conditions dans lesquelles il fut permis à ce dernier de se développer et de prospérer ? Les dorures des palais où siègent les représentants de la démocratie en témoignent. La provenance abjecte des ors rutilants de la République est garantie à sang pour sang.

Dès lors, comment envisager « la dette des pays du Tiers monde » autrement que comme une dette vis à vis de ces pays là ? Comment continuer à réclamer de l’argent à des populations tout en étant amplement responsable de leur état de pauvreté ? Comment s’étonner que des milliers de migrants fuient la misère à bord de leur bien mal nommée « embarcation de fortune » ?

Les naufrages meurtriers à répétition au large de Lampedusa devraient alerter l’opinion publique occidentale sur l’urgence à intercéder en faveur des plus démunis.  En lieu et place, la majorité des habitants de ces pays dits « civilisés » continuent à percevoir l’étranger uniquement comme une menace. Et imaginent s’en protéger en élisant des représentants prédateurs et carnassiers qui à chaque drame, pleurent des larmes de crocodile.

Des élus qui se réfugient derrière la loi pour expulser des milliers de famille en situation précaire vers une situation bien pire. La loi. La même derrière laquelle se réfugiaient les administrateurs du régime de Vichy. La même derrière laquelle se réfugient tous les régimes totalitaires pour travestir la Justice en cachant sous ses robes tout désir de légitimité.

Pourtant, la véritable justice serait de permettre à chaque individu de ne plus être contraint de quitter famille et amis pour simplement survivre. De dédommager les victimes des errements des précédents gouvernements autrement qu’avec de la condescendance et du mépris. De décréter qu’un homme ou une femme ne se réduit ni à sa nationalité,  ni à son identité.

Ainsi, en observant la guerre que l’être humain mène contre lui même, il serait temps de se souvenir de cette réflexion du regretté Albert Jacquard, lors d’une manifestation lors de laquelle le slogan était Des papiers pour tous ! : « Ce qu’il faudrait réclamer, c’est des papiers pour personne ! ».

 

Guillaume Meurice

21/10/2013

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En quête d’opinion favorable

VALLS SONDAGE« On ne m’ôtera pas de l’idée que, pendant la dernière guerre mondiale, de nombreux juifs ont eu une attitude carrément hostile à l’égard du régime nazi » ironisait l’humoriste Pierre Desproges. Un trait d’esprit qui appartient désormais au patrimoine humoristique français. Au point même d’avoir fortement inspiré les instigateurs du sondage suivant : « À propos des Roms, diriez vous qu’ils s’intègrent très bien, plutôt bien, plutôt mal ou très mal dans la société française ? ».

Sans surprise, 93% des personnes interrogées pensent que les Roms s’intègrent plutôt mal ou très mal. 93% des personnes interrogées pensent-elles que, sous prétexte qu’ils sont pourchassés, discriminés, leurs logements détruits et que l’accès au travail leur est drastiquement limité, les Roms persistent à ne faire aucun effort pour s’intégrer dans la société française ?

« À propos d’un chevreuil qui se fait attaquer par une meute de loups, diriez vous qu’il est très coopératif, plutôt coopératif, pas très coopératif, ou pas du tout coopératif ? ». « À propos d’un humain qui hurle de douleur suite à une fracture ouverte tibia péroné, diriez vous qu’il reste extrêmement digne, très digne, un peu digne ou pas du tout digne ? ». « À propos de Manuel Valls, diriez-vous qu’il a très bien, plutôt bien, plutôt mal ou très mal assimilé le concept de Pays des droits de l’Homme ? ».

Certes quelques Roms essayent de s’intégrer en commettant divers larcins pour tenter d’imiter l’exemple venu d’en haut. Mais ils demeurent une minorité à agir de la sorte et leurs rapines dérisoires n’excèdent jamais quelques misérables téléphones et autre portefeuilles asséchés de prolétaires défraichis. Rien à voir avec les millions détournés de l’affaire Bettencourt, ni la fraude fiscale de Jérôme Cahuzac, ni les bénéfices des multinationales cachés dans les paradis fiscaux. Pas de quoi imposer le respect. Ni acheter la Justice. Ni commander des sondages.

De plus, leur malhonnêteté n’excède jamais celle, intellectuelle, des initiateurs de ce genre d’enquêtes aux questions orientées qui font l’opinion davantage qu’ils la sondent. Ces études qui, lorsqu’elles sont commandées directement par le gouvernement, permettent aux Français de payer pour savoir ce qu’ils pensent. Ou ce qu’ils sont censés penser.

Celles qui permettent de laisser entendre qu’il y a davantage à craindre d’un étranger miséreux que d’un banquier véreux ou d’un patron voyou. Une impression savamment entretenue dans les plus hautes sphères de l’État. Et on ne m’ôtera pas de l’idée que, actuellement, les Français n’ont pas une attitude suffisamment hostile à l’égard de leurs dirigeants qui se foutent de la gueule du monde et de celles et ceux qui le peuplent.

 

Guillaume Meurice

05/10/2013

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Méfaits divers

5902432-8793909Le saviez-vous ? Le grand requin blanc est capable de détecter une goutte de sang parmi des millions de litres d’eau.  Une caractéristique qu’il partage avec le patron de presse, chez qui l’odeur de l’hémoglobine au sein de la société civile déclenche à peu près les mêmes effets. Ainsi est-il aisé d’anticiper l’ouverture des JT et les unes des journaux au lendemain d’un fait divers sordide. La déontologie laisse place à l’instinct. La réflexion cède face à l’habitude. L’éthique ne remplace pas les tics.

Sans surprise, ce fut donc le cas pour la désormais célèbre « affaire Fiona ».  Une disparition, des aveux tardifs, le meurtre d’une petite fille. Il n’en fallait pas davantage pour exciter la sphère médiatique. Donc l’opinion publique. Les vieux démons des défenseurs de la peine de mort n’étant jamais suffisamment assoupis, certains proposent même toujours d’autoalimenter le processus en rajoutant du sang au sang.

Pourtant, la capacité de cruauté de l’espèce humaine n’est plus à prouver et cette histoire, aussi triste et abjecte soit-elle, n’est malheureusement qu’une parmi tant d’autres du même genre. Et il y a fort à parier que le fonctionnement de l’économie mondiale impacte plus directement et plus concrètement la vie quotidienne du citoyen français lambda qu’un assassinat d’enfant dans la région de Clermont-Ferrand.

Une ligne éditoriale porte toujours en elle une certaine idéologie. Lorsque Jean-Pierre Pernaut choisit de consacrer dix minutes de son journal télévisé aux témoignages de l’entourage de Fiona plutôt qu’aux dernières malversations de Goldman Sachs, son choix n’est pas anodin. De même lorsqu’il délaisse l’affaire Karachi pour s’intéresser à la cueillette des châtaignes. L’occasion de déplorer que le droit à l’information ne soit pas plutôt un devoir.

Soumis au dictat de la rentabilité, grande est la tentation pour certains journalistes de délaisser la raison pour seulement laisser place à l’émotion. Plus immédiate. Plus efficace pour capter l’attention de l’auditoire et la conserver jusqu’à la prochaine page de publicité. Ainsi confondent-ils journalisme et voyeurisme. Ainsi optimisent-ils leurs intérêts et ceux de leur employeur. À mi-chemin entre chien de garde et hyène.

La réelle blessure de notre société n’est pourtant pas le fait d’individus isolés et psychologiquement instables. Le danger ne vient pas tant de meurtriers frénétiques que d’organisations qui saignent à blanc des peuples entiers dans le silence poli des rédactions feutrées. Et il serait temps, comme le disait le grand reporter Albert Londres, de « porter la plume dans la plaie ».

 

Guillaume Meurice

30/09/2013

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Patri-autisme

08Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part. Ainsi, Georges Brassens qualifiait-il les individus qui s’enorgueillissent d’avoir vu le hasard les faire naître ici plutôt qu’ailleurs. Ceux qui à chaque victoire de leur équipe nationale s’écrient « On a gagné ! ». Les mêmes qui à chaque défaite de cette même équipe se lamentent « Ils ont perdu… ».

Unis dans les joies. Désunis dans les peines. L’esprit black-blanc-beur, vanté suite au succès de la France lors de la coupe du monde de football, laissa rapidement place, dans une situation de crise économique, à la triste méfiance mutuelle entre individus prétendument différents. L’autre, précédemment perçu comme une chance, devint une menace. Alors même que l’unique danger réside précisément dans ce repli identitaire.

Une réaction mortifère qui met en péril l’édifice fragile du « vivre ensemble ». Chacun est sommé de se positionner par rapport à des critères d’appartenance et d’identité. Les frontières se ferment autant que les esprits, avec comme fâcheuse conséquence, un sentiment d’isolement. Car choisir son camp, c’est précisément s’enfermer dedans.

Pourtant, quelle légitimité y a-t-il à habiter une partie de la planète Terre plutôt qu’une autre ? Si la République Française est « une et indivisible », l’espèce humaine ne l’est-elle pas autant ? Comment justifier qu’un citoyen du monde éprouve davantage de difficultés à voyager à travers les continents que des milliards de dollars, une paire de Nike Air ou une courgette ?

La trahison du mot libéral consiste à laisser croire que la liberté de circulation est totale, alors qu’elle ne vaut que pour les marchandises et les capitaux. La bêtise de l’idéologie nationaliste demeure dans le fait de fractionner l’humanité au mieux en pays, au pire en race. Dans l’incapacité de se projeter dans d’autres formes d’organisations plus globales et moins hypocrites, il y a fort à parier que l’humain n’est pas prêt de gagner la bataille qu’il livre contre lui même.

Ainsi s’enchainent les guerres politiques, idéologiques, économiques, territoriales. Nombreux sont encore celles et ceux destinés à se sacrifier pour des idées, un concept, une patrie. Comme l’ont été également leurs ancêtres, exactement pour les mêmes raisons.

Ces malheureux imbéciles qui sont morts quelque part.

 

Guillaume Meurice

23/09/2013

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Avides et Goliath

Happy money man« Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir ». Ce même espoir qui paraît-il « fait vivre ». Celui qui permet de s’imaginer une vie meilleure malgré des tracas prétendus passagers. Celui au nom duquel il serait légitime de sacrifier le présent sur l’autel des lendemains qui chantent. Continuer à espérer pour vivre son espérance. Nombreux sont ceux et celles qui traversent l’existence en tentant de résoudre la quadrature de ce cercle vicieux.

Car, salutaire lorsqu’il s’agit de lutter contre une maladie ou une baisse de moral provisoire, cette inclination naturelle de l’être humain s’avère toutefois parfaitement contreproductive lorsqu’elle touche au domaine économique. Notamment en terme d’acquisition et de répartition des richesses. En effet, au sein des classes sociales les plus défavorisées, il est de rigueur d’espérer que la roue tourne. Et que si possible, cela soit celle du jeu à gratter Le Millionnaire.

« Si tu veux perdre à un jeu, joue avec celui qui a inventé les règles » dit le dicton. Celles-ci sont simples : pour conserver un système inégalitaire qui maintient une minorité dans sa toute puissance financière, il suffit, sporadiquement, de permettre à un individu non issu de cette condition, d’y accéder. Pour cela, il existe différentes possibilités qui vont de la Française des jeux jusqu’au fameux exemple du « type parti de rien et qui s’en est sorti à la force de son courage », culpabilisant par la même l’ensemble de ceux dès lors considérés comme lâches.

Ainsi vivons nous dans une société baignée dans l’illusion du bon sens. Celui qui voudrait que les individus demeurent destinés à vivre en compétition permanente. Celui qui glorifie les gagnants, faisant mine d’ignorer la conséquence funeste de leur prétendue victoire : la défaite des autres. Aspirer à devenir riche nécessite, par définition, d’accepter de créer des pauvres.

Une politique égalitaire est-elle une politique qui permet à chacun de conserver l’espoir d’accéder à de meilleures conditions de vie? Ou celle qui permet au plus grand nombre d’y accéder ? La soif de réussite personnelle, de succès individuel, divise l’humanité au profit de celles et ceux qui n’ont alors plus qu’à s’asseoir sur leur fortune et vivre dans l’heureuse félicité de cet état de fête.

Le jour viendra peut-être où, fort de cette prise de conscience, l’extrême majorité de la population mondiale ne se laissera plus berner par les jeux de dupes de quelques disciples de Machiavel. Il est désormais nécessaire et urgent d’agir en ce sens. Plutôt que de seulement continuer à espérer.

 

Guillaume Meurice

16/09/2013

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