Le mal et ses racines

1781746_3_e878_eric-garde-le-sac-de-nacer-au-square-de-la_dae06cb43e321aca17228e8f8fa067f4Un marronnier. Dans le jargon des journalistes, ce vocable désigne une information consacrée à un événement répétitif, donc prévisible. Le poids des cartables à chaque rentrée scolaire. Les crèmes anti UV à la veille des vacances. Le changement d’heure,  les vendanges, les cadeaux de Noël. Des actualités intemporelles mais récurrentes. Des nouvelles qui n’en sont plus.

À cette période de l’année, chaque rédaction se prépare ainsi à déplorer le décès du premier sans-abri de l’hiver. Une habitude dans le pays des droits de l’Homme, dont celui de mourir dans une glaciale indifférence. Un journaliste prendra une mine encore plus austère qu’à l’accoutumée pour tenter de feindre l’émotion, de nier l’évidence : en France, on ne meurt pas de froid. On meurt de ne pas avoir de toit.

Deux millions de logements vacants sur l’ensemble du territoire permettraient pourtant à quelques individus de s’abriter des rigueurs de la rue. Des individus en situation précaire comme le stipule le célèbre euphémisme. Des individus en danger de mort, comme il serait honnête de les qualifier. Davantage l’été que l’hiver selon les statistiques. Les températures n’étant pas responsable du climat d’individualisme ambiant.

Pourtant, une législation très précise existe. La loi de réquisition, à laquelle chaque préfet peut se référer à tout moment, permettrait d’endiguer cette extermination silencieuse. Même si elle ne règlerait pas le problème définitivement, du moins répondrait-elle provisoirement à l’urgence. Quitte à fâcher quelques propriétaires peu scrupuleux qui préfèrent spéculer que louer. Quitte à rompre avec la tradition d’impuissance et d’inutilité des hauts fonctionnaires.

Un autre texte, disponible dans l’arsenal juridique français, a pour principal objectif la guerre contre l’isolement social des plus démunis : la fameuse loi relative à la solidarité et au renouvellement urbains, dite loi S.R.U. Elle impose à de nombreuses villes répondant à certains critères, notamment un nombre minimum d’habitants, la mise à disposition d’un minimum de 20% de logements sociaux. Une règle souvent bafouée par les communes préférant payer les amendes en attendant cette loi amendée.

Faible avec les forts et forts avec les faibles. Tel pourrait être la devise des gouvernements qui se succèdent à la tête de la République. Un véritable État providence mais seulement pour les grandes firmes et les privilégiés de ce pays. Un État qui peine à s’intéresser à celui des plus mal lotis. Un État désespérant pour des gens dans un état désespéré.

Un État et un état qui poussent certain de nos concitoyens, tel ce sans-abri de 45 ans, en juillet dernier, à se pendre à un arbre. Un marronnier ?

 

Guillaume Meurice

17/11/2013

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2 Commentaires

Classé dans CHRONIQUES

2 réponses à “Le mal et ses racines

  1.  » La loi de réquisition, à laquelle chaque préfet peut se référer à tout moment, permettrait d’endiguer cette extermination silencieuse. Même si elle ne règlerait pas le problème définitivement, du moins permettrait-elle de répondre à l’urgence. »

    Je sais que ce que vous écrivez-là est dicté par un noble sentiment, Guillaume Meurice mais je suis absolument contre cette loi de réquisition.
    S’emparer de la propriété de quelqu’un pour la donner à quelqu’un d’autre, c’est une spoliation. Et même si vous me dites qu’il ne s’agirait pas de donner mais de prêter, songez un peu à ces locataires indélicats qui n’entretiennent pas un local sous prétexte qu’il ne leur appartient pas, qui parfois le dégrade.
    Et songez un peu à ce qu’il adviendrait si toute personne propriétaire de biens immobiliers se voyait contrainte par la loi de céder ses biens à des inconnus. Imaginez la dérive.
    Plus personne ne voudrait acheter des biens immobiliers. Et tout le monde pourrait craindre que l’État s’empare d’autres biens acquis : des engins motorisés (voiture, moto, caravane), des placements financiers,…

    Non, je crois qu’il appartient à l’État de loger les gens et donc de donner aux entreprises du bâtiment les moyens de construire des logements. En plus, ça créerait des emplois.
    Pour ce qui est de l’urgence, un début de dépannage serait certainement l’aménagement de bâtiments désaffectés. Mais avec les gouvernements, il faut se méfier qui ont la manie de maintenir le provisoire dans la durée… Illimitée.

  2. « Plus personne ne voudrait acheter des biens immobiliers. »
    Excellente idée ! Ça y est, on la tient la solution ! Il suffit d’user et d’abuser de ces réquisitions pour faire baisser le prix de l’immobilier. Ainsi, ceux qui possèdent tout se mettront à vendre (pour limiter leur ISF) et les pauvres pourront enfin habiter CHEZ EUX !
    Grande idée de la râleuse chroniqueuse. Je la soutiens à 100%.

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