Soumission accomplie

manifestation-syndicale-5-marsL’histoire se passe en France en 1830. Suite à diverses avancées technologiques, l’industrie de l’imprimerie se mécanise. Des systèmes automatisés remplacent peu à peu l’homme, le soulageant face à la pénibilité des tâches. Un progrès sans précédent pourtant vécu comme une trahison par des milliers d’ouvriers. En réponse au choix de leur patron de les licencier en lieu et place de partager avec eux les profits de l’innovation, ils prirent la décision de démanteler ce nouvel outil. Plutôt que de démanteler leur patron.

Aujourd’hui, c’est à Florange, à Gandrange et à Aulnay-Sous-Bois qu’on manifeste pour garder le droit de continuer à faire les trois-huit pour trois fois rien. Jadis, c’était des mineurs qui se battaient contre la fermeture des puits de malheur dans lesquels ils échangeaient leur misère contre un peu de survie. La fierté ouvrière comme seul étendard, ils cheminent sous l’œil condescendant de ceux qui, sur les marchés, vendent paisiblement les fruits de leur labeur.

« Soyez résolus de ne plus servir et vous voilà libre » invectivait le jeune Étienne de la Boétie dans son Discours sur la servitude volontaire. En d’autres termes, cessez de réclamer des années supplémentaires d’asservissement, de soumission, de domination. Bref, ne demandez plus de travail. Exigez directement de l’argent !

Cet argent qui vous est dû pour avoir contribué à pérenniser, à faire croitre la notoriété et la valeur de votre entreprise. Cet argent qui vous est confisqué par quelques actionnaires dont le seul talent est d’avoir compris comment vous manipuler. Réclamez le et fuyez loin de ces mouroirs abrutissants, aliénants et concentrationnaires. Loin de vos bien nommées boîtes.

Depuis quelques décennies, le progrès social coïncide avec des semaines de travail de plus en plus courtes. D’importantes luttes syndicales ont permis de ne plus considérer l’être humain comme un simple outil de production mais davantage comme un individu muni du besoin naturel et nécessaire de profiter de sa vie au lieu de la sacrifier. Encore faudrait-il partager équitablement les ressources dans un pays comme la France qui n’a jamais été aussi riche de toute son Histoire. Donc, réformer en profondeur pour un partage plus équitable. Répartir sur de bonnes bases.

En attendant, des milliers d’êtres humains continuent de se tuer ainsi à la tâche. Et ne seront malheureusement jamais en mesure de profiter pleinement d’une retraite dont l’âge légal se rapproche de plus en plus de l’âge létal.

 

Guillaume Meurice

18/05/2013

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3 Commentaires

Classé dans CHRONIQUES

3 réponses à “Soumission accomplie

  1. Vous écrivez toujours avec grand talent, Guillaume Meurice, mais cet article est le plus beau que vous ayez écrit jusqu’à ce jour.
    Et si j’étais présidente de la république, plutôt que faire lire aux lycéens une lettre du jeune Guy Môcquet (résistant admirable certes, mais qui n’évoque pas grand chose pour les écoliers d’aujourd’hui), c’est cet article que je ferais lire tout autant aux lycées qu’aux collégiens.

  2. Pourtau Lionel

    Quelques éléments : la différence d’espérance de vie entre un CSP++ (un Jean-François Copé et un CSP — (Jean-Michel qui travaillait à Florange) est de 7 ans.
    Mais nous avons un autre indice, l’espérance de vie en bonne santé, c’est à dire avec moins de 2 pathologies lourdes. Là, la différence entre les CSP ++ et les CSP — est de 13 ans.

    Quand on supprime des années de retraite aux CSP –, on leur supprime donc les quelques rares années de vie de retraite en bonne santé qu’ils pouvaient espérer avoir.

  3. odie

    Les congés payés, la semaine de 40 heures puis de 35, nous les devons plus à une recherche de débouchés qu’à la puissance des syndicats (ainsi Henri Ford augmenta ses ouvriers pour leur permettre d’acheter les voitures qu’il(s) produisai(en)t…Ayons donc plus confiance en la recherche de débouchés des industriels qu’en la puissance des syndicats pour améliorer notre confort de vie. Rappellons que les premiers sont insassiables de pouvoir d’achat et que les seconds sont tributaires de notre capacités à nous rassembler, à nous rebeller, à nous opposer: ainsi notre salut viendra plus certainement à court terme de nos bourreaux. Encore…

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