Justice et parodie

photo-3_0Article 16 de la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen : « Toute société dans laquelle la séparation des pouvoirs n’est pas déterminée, n’a point de Constitution ». Une précaution indispensable à toute démocratie qui se respecte, ou qui souhaite se faire respecter comme telle. Une exigence requise par Montesquieu dès 1751 dans De l’esprit des lois, œuvre majeure qui théorise la séparation absolue des trois pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Peut-on reprocher au penseur de ne pas avoir anticipé l’éclosion du pouvoir médiatique, d’importance au moins équivalente aux trois autres, et ce, 212 ans avant la naissance de Laurent Ruquier ?

Assurément non, car, à l’époque, celui que l’on nomme à l’heure actuelle le « quatrième pouvoir », n’en était qu’à ses prémices. Si la presse était déjà considérée comme une arme de propagande ou de résistance, sa force de frappe était sans commune mesure avec celle que nous connaissons aujourd’hui. Les audiences étaient moindres et le mélange des genres aussi. Aucune chance d’assister à l’interview de Robespierre, invité sur le plateau d’On n’est pas couché entre le navigateur La Pérouse et miss France 1780.

Car c’est cette émission qui, grâce à sa renommée, sert aujourd’hui de tribune au monde politique, législatif mais également judiciaire. C’est ainsi que samedi dernier, était reçu sous les applaudissements du public du Moulin Rouge, le fameux Ziad Takieddine, connu autant pour être l’ami personnel d’hommes politiques de premier plan, que pour ses trois mises en examens dans une affaire de vente d’armes. Le tribunal médiatique était composé par les deux procureurs Aymeric Caron et Natacha Polony, dont on garde le souvenir ému de plaidoiries éloquentes portant sur le dernier album de Pascal Opispo.

S’il peut paraitre illégitime de remettre en cause la valeur des cartes de presse de ces derniers, il est toutefois possible de s’interroger sur la place d’un des protagonistes d’une instruction en cours, dans une émission de divertissement, qui plus est face à des contradicteurs pas particulièrement spécialistes du dossier. Certes, le travail d’un journaliste peut également le conduire à mener des enquêtes mais, dans un monde où Laurent Ruquier serait grand reporter, Albert Londres aurait été programmé comme chansonnier au théâtre des deux mulets.

De plus, pourquoi privilégier seulement une des personnes visées par l’enquête ? Et pourquoi choisir une affaire plutôt qu’une autre ? Nul doute que si cette émission avait programmé Émile Louis pour s’expliquer sur des accusations portant sur des viols sur mineures, le public aurait été également au rendez-vous. Car l’unique objectif qui guide la logique commerciale du quatrième pouvoir a la même résonnance que l’expression qui clos chaque débat dans les prétoires : L’audience élevée.

 

Guillaume Meurice

06/01/2013

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Classé dans CHRONIQUES

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