Société de consumation

Un désir  naturel et nécessaire. Ainsi le philosophe Épicure qualifia notre inclination spontanée à satisfaire nos besoins vitaux. Par exemple, la nécessité de nous fournir quotidiennement en nourriture afin d’alimenter notre organisme. Une pulsion aux effets divers et évolutifs : de la chasse aux mammouths aux courses chez Mammouth, et du travail aux champs aux caisses de chez Auchan.

Ce même Épicure considérait le plaisir comme le souverain bien. À savoir que le bonheur demeure à la portée de tout être humain en passe d’atteindre l’ataraxie, l’absence de trouble. Sa pensée n’a malheureusement pas perduré et deux mille ans de préceptes judéo-chrétiens ont achevé de convaincre la civilisation occidentale d’opter pour le sacrifice du corps et la négation des satisfactions terrestres. C’est ainsi qu’à l’heure de contenter le désir naturel et nécessaire de simplement « manger »,  les caddies de supermarchés se remplissent à mesure que les échoppes des commerçants de proximité se vident.

Car s’il est un lieu de négation des plaisirs, c’est bien la fameuse « grande surface », nouveau temple élevé à la gloire du consumérisme de masse. Jetons un œil sur la caissière, nonne taciturne et silencieuse dont la mission consiste à soulager un maximum d’acheteurs en un minimum de temps. Pas de place pour le dialogue, la rencontre, l’échange. Pas de place pour l’humanité. Observons le sacrosaint client dans sa file d’attente. Traits tirés, mine défaite. Il n’attend qu’une chose : que son calvaire cesse. Que son ascension du Golgotha s’achève par la montée dans sa Laguna Diesel.

Intéressons nous désormais au fameux caddie. Nul doute qu’il doit contenir des denrées uniques et savoureuses compte tenu du sacrifice consenti pour les obtenir. Que nenni. Nourriture industrielle, pitances fadasses, goût de synthèse, huile de palme. Où sont les voluptés, les jouissances, les saveurs ? Les papilles seraient-elles devenues obsolètes ? L’estomac, un simple organe à remplir ? L’humain, un vulgaire tube digestif destiné à produire des excréments et en ingérer d’autres ?

Sous les néons blafards des hangars de zone commerciale se joue donc notre aptitude à consentir au pire pour faire de l’existence uniquement une occasion de survivre. Et de constater, comme l’écrivait Lucrèce, disciple d’Épicure, « dans quelle obscurité, dans quels périls absurdes, se consume pour rien leur presque rien de vie ».

 

Guillaume Meurice

29/10/2012

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1 commentaire

Classé dans CHRONIQUES

Une réponse à “Société de consumation

  1. Bravo Guillaume! C’est tellement bien tourné et bien écrit!

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