En route vers hier

Comme chaque année à la même époque, l’automobile tient salon porte de Versailles. L’occasion pour elle de se montrer sous ses plus beaux autours et d’aguicher les masses avides de charmes inaccessibles. Il faut la voir exhiber impunément ses courbes devant un parterre de smicards aux abois.  Rouler du joint de culasse pour exciter le chaland. S’offrir aux regards désargentés pour simplement vendre du rêve.

Car de rêve, il en question pour tout individu chez qui l’automobile représente la quintessence d’un fantasme devenu indispensable pour s’émouvoir. Pour chaque piéton qui s’ignore, pour chaque cycliste aux pédales perdues, si ce n’est celles de l’embrayage, du frein et de l’accélérateur, prothèses mécaniques devenues indispensables pour se mouvoir.

Charge aux publicitaires de faire fructifier cette inclination naturelle de l’humain au futile. Vendre du dispensable, faire croire que la liberté consiste à s’endetter sur dix ans pour acquérir le dernier joujou pour adulte à la mode. Voilà le vrai talent des manipulateurs de désir. Faire d’un modèle 4×4 une voiture pour la ville, voilà le génie de ces intelligences suprêmes qui ont eu tôt fait de mettre en pratique la fameuse citation : « il ne faut pas prendre les gens pour des cons, mais il ne faut pas oublier qu’ils le sont ».

Avec un résultat des plus saisissants : rester bloqué des heures dans les embouteillages chaque matin aux portes des plus grandes agglomérations donne un autre sens au slogan de la marque Renault « Des voitures à vivre ». Phagocyter des places de villages jadis destinées à la rencontre, à la discussion, à la promenade pour en faire de vulgaires parkings fait résonner celui d’une publicité qui affirmait « Et si le vrai luxe, c’était l’espace ? ». « Vous n’imaginez pas ce que Citroën peut faire pour vous » ? Bien sûr que si. Pourrir l’espace public.

Le tout au détriment de moyens de transport plus adaptés et moins énergivores. Le tout aux prix d’un lobbying forcené de chaque firme automobile. Le tout grâce à une  passivité coupable de ne pas anticiper l’évolution industrielle de la France. Relancer l’économie par la production de voitures c’est vouloir vendre un poêle à charbon à un asthmatique. Un mode de déplacement désuet pourtant soutenu à bout de bras par un gouvernement qui n’en peut plus de reculer à force de ne pas aller de l’avant.

« Les plus belles performances sont celles qui durent » se veut le slogan d’un de ces constructeurs. Une de ces prouesses qui risque fort de traverser les époques consiste à faire croire à toute une prétendue civilisation que le passé, c’est l’avenir.

 

Guillaume Meurice

07/10/2012

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Classé dans CHRONIQUES

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