Divorce d’argent

« Mon Bernard,

La tristesse peuple mon cœur désœuvré. La peine accable mes sombres pensées. Ainsi, tu m’abandonnes. Ainsi tu me quittes comme l’on dépose le bilan d’une entreprise amoureuse.

Et qui plus est, pour la voisine du dessus. La Belgique. Celle de Waterloo, souvenir d’instants funestes. Humiliation patriotique. Celle de Bruxelles, siège du parlement européen. Blessure narcissique. Une catin qui s’offre sous prétexte d’union libre et consentie entre 27 pays. Un fantasme que toutes les nations caressent en son sein.

Depuis l’arrivée de François Hollande à l’Élysée, rien n’est plus pareil entre nous. Lors de l’élection d’un autre François, en 1981, déjà m’avais-tu délaissé pour convoler en justes noces décomplexées avec l’Oncle Sam. Que n’avais-je alors usé de délicates attentions pour te faire revenir. Et combien le peuple s’était sacrifié pour t’offrir les plus jolis cadeaux fiscaux. « Nous poursuivrons notre politique d’investissement en France » déclarais-tu il y a quelques mois, tel un Pinocchio adultérin, pseudo mari honnête.

La misère t’est intolérable. Tu la fuis comme la peste au point d’être devenu la plus grande fortune du territoire. Ainsi fais-tu commerce de produits de luxe pour éviter de  côtoyer les affres de la pauvreté. Pourtant, aujourd’hui, je t’écoute affirmer par voie de presse que l’origine de ton départ ne serait pas d’ordre financier. Mais comment te donner du crédit lorsque tu ne sembles avoir pour moi que des intérêts pécuniaires ?

Alors que je traverse une crise existentielle et économique sans précédent, j’osais espérer de ta part plus de délicatesse. Celle que tu n’auras sans doute pas davantage lorsque, l’heure venue, tu t’exileras vers Monaco. Délaissant le plat pays pour le rocher. Tel un enfant se hissant hors d’atteinte de son camarade de jeu. Perché.

Si les remords te gagnent, si les regrets te rongent, ne compte plus sur moi pour soulager ton inconscience. Car pour le moment, peu reconnaissant des efforts que j’ai fourni pour faire de toi ce que tu es devenu, tu tends à démontrer l’adage « Fais du bien à Arnault, il te chie dans le dos ».

Désolée mais la mélancolie me rend vulgaire, autant que ta vulgarité me désespère. Accumuler de la monnaie n’a jamais été un  de mes objectifs prioritaires. J’en veux pour preuve l’état de mes finances. Si l’argent ne fait pas le bonheur, du moins contribue-t-il largement à mon malheur.

Adieu, je retourne avec mon pauvre ami, mon amour, mon Trésor… Public. »

Ton pays, la France.

 

Guillaume Meurice

09/09/2012

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