Essence sans conscience

Panique générale !! Conformément aux prévisions alarmistes et aux nombreux avertissements des différents experts depuis plusieurs années, le prix de l’essence à la pompe pulvérise des records. Conséquence prévisible de la hausse de la valeur du baril de pétrole. Effet attendu de la raréfaction de cette matière première. Résultat logique et sans surprise de la spéculation des marchés financiers. Stupéfait, le gouvernement français se voit donc dans l’obligation d’anticiper, en urgence. Pris de court par le prix du cours.

Car, au fur et à mesure des avancées de la science et du progrès technologique, le pétrole est devenu indispensable. En tant que carburant bien sûr mais également dans les filières de production du plastique, du textile, de l’agroalimentaire, des cosmétiques. Alors quand celui ci vient à manquer, la psychose atteint les sommets des pics pétroliers.

« Le temps du monde fini commence » prophétisait dès 1931 le poète Paul Valéry, diagnostiquant avec force lucidité l’impasse idéologique dans laquelle le génie humain s’engageait. Naguère enclin à conquérir de nouvelles terres comme autant de promesses de gisements potentiels, il semble aujourd’hui que l’offre diminue à mesure que la demande croit. Pourtant, n’écoutant que son entêtement sourd, il poursuit de plus belle sa fuite en avant vers son propre épuisement. Ainsi que celui des ressources énergétiques non renouvelables.

Non content de tarir la corne d’abondance, il libère également dans l’atmosphère la source de ses ennuis à venir. Réchauffement climatique, marées noires, maladies respiratoires… Tel un cocaïnomane en manque, il s’obstine inlassablement à réclamer sa dose quotidienne d’un poison violent dont il ne peut dorénavant plus se passer. De la came pour sa bécane. De la coco pour sa Punto. Quelques timides palliatifs existent pourtant pour soulager l’usager à qui il est régulièrement proposé une ligne ou deux de transport en commun.

Mais, comme il en va pour toute substance aussi nocive qu’addictive, dans l’augmentation du prix du carburant réside le seul espoir d’un salut possible. Espérons donc qu’elle aille s’accentuant pour exorciser enfin la dépendance tenace. À 15 euros le litre, nul doute que l’Homme trouvera les ressources suffisantes pour inventer des moyens d’épanouissement moins agressifs pour lui et son environnement. Qu’il abandonnera le recours systématique à cette forme de production d’énergie désuète. Archaïque. Fossile.

Car comme le disait François Rabelais, « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Et ruine de l’Homme.

 

Guillaume Meurice

22/08/2012

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1 commentaire

Classé dans CHRONIQUES

Une réponse à “Essence sans conscience

  1. De mieux en mieux écrit…C’est fin, ciselé, plein d’esprit…Bravo,mec! Et chapeau camarade! Biz

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