Eau des espoirs

« Bonne nouvelle ! Demain, il fera un temps superbe !! » scande l’oracle cathodique, telle madame Soleil lisant l’avenir dans les cartes de Météo France. Sous entendez : « Demain pas une seule goutte d’eau ne remplira les nappes phréatiques ! ». Avant d’ajouter sans sourciller « N’oubliez pas, régulièrement, de boire ! ».

Ainsi, il semble admis que « beau temps » serait synonyme de « ciel bleu », tandis que « mauvais temps » signifierait « pluie ». L’organisme d’un être humain étant constitué à 65% d’eau, il est pour le moins paradoxal d’observer la frénésie avec laquelle une bonne partie d’entre eux se ruent chaque été sur des plages inondées de soleil dans l’unique optique de se dessécher littéralement (ainsi que pour parfaire leur bronzage, critère de beauté ultime de la société occidentale, excepté s’il est d’origine et permanent). Fuir la pluie semble ainsi devenu une priorité pour celles et ceux qui oublient trop souvent que les conditions de leur existence ne tombent pas du ciel, ou plutôt si, mais sous forme d’eau potable.

Le prix du mètre carré étant loin d’être dissuasif au cœur du désert du Sahara, il est même étonnant qu’aucun projet immobilier n’y ait vu le jour afin de contenter ces aquaphobes. Ni aucun système d’échange permettant aux habitants du Sahel de troquer leur habitation avec celle d’un Français mécontent de ses conditions de vie climatiques. Pourtant, chacun y trouverait son compte. En découvrant la facilité d’accès à l’élément vital pour l’un, et pour l’autre, en luttant efficacement contre sa répugnance chronique. Laver sa voiture, prendre des bains, uriner dedans, autant d’habitudes que ce dernier sera contraint d’abandonner pour jouir du rayonnement solaire jusqu’à plus soif.

En ce sens, le réchauffement climatique est de bon augure pour bon nombre d’habitants de cette planète. Sécheresse et canicule, autant de définition de « beau temps » pour eux. Les quelques esprits bougons, percevant dans les difficultés d’accès à l’eau potable les prémices d’un cataclysme annoncé, peuvent toutefois être rassurés. Véolia, leader sur le marché de l’eau en France, mais également Volvic, Évian et autre Vittel seront toujours là pour assurer la distribution du précieux liquide. Transformant les deux atomes d’hydrogène et un d’oxygène, en argent. Le soleil de plomb, en or.

En 1974, René Dumont, précurseur de l’écologie politique, leva son verre devant les caméras de télévision présentant l’eau comme une ressource à protéger. Près de 40 ans plus tard, ses héritiers se font toujours attendre, à défaut de se faire entendre. Plus nombreux sont celles et ceux qui ne veulent pas se mouiller.

 

Guillaume Meurice

08/07/2012

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2 Commentaires

Classé dans CHRONIQUES

2 réponses à “Eau des espoirs

  1. Arthur

    Encore une fois bravo pour le coup de plume. Enfin une qui n’est pas fichée dans un cul.
    Je lève mon verre à ta santé, Captain Meurice !

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