Comédie dramatique

La magie du cinéma. Ce miroir aux reflets changeants d’un monde en perpétuelle révolution. Réfléchissant avec fracas, stupeur ou compassion les turpitudes d’une époque contrastée. Une formidable machine à émotions qui, tous les ans, se réunit à l’occasion du prestigieux Festival de Cannes, pour défiler en smokings ou robes de gala, vénérer le culte du Moi et péter dans la soie.

Champagne, cocktails, yachts, hélicoptères, jets privés, hôtels de luxe et autres sacrifices indispensables pour ces héroïnes et héros des temps modernes qui consacrent leur destinée à révéler la nature humaine. Ces braves intrépides qui donnent de leur personne pour tenter d’insuffler un semblant de morale et d’éthique dans ce monde vil et cynique, et qui connaissent mieux que personne pour les avoir incarnés – donc éprouvés dans leur chair -, les injustices, les inégalités, et la violence quotidienne. Alors, durant ces quelques jours dédiés au faste des paillettes et du glamour, contraints de vivre dans le luxe et l’opulence, il est aisé de s’imaginer, même s’ils ne paient rien, combien il doit leur en coûter.

Comble de l’ironie fâcheuse, cette année au programme, un film intitulé « L’ivresse de l’argent » dont le résumé s’achève sur une description d’un personnage principal qui tente de « survivre dans cet univers où argent, sexe et pouvoir sont rois ». Quand la réalité rattrape la fiction. Quand l’esprit de ces prétendues festivités se trouve consignées dans une œuvre elle même présentée lors du festival. Dans une sournoise mise en abyme où la cohérence a touché le fond, chaque marche gravie par quelque fortuné foulant le tapis rouge l’éloigne du nécessaire, de l’essentiel, de la base.

En d’autres temps, il était convenu d’admirer des femmes et des hommes qui bouleversaient le monde par leurs faits et gestes. Puis, est venu l’heure d’idolâtrer celles et ceux qui font mine d’être dans l’action. Qui mettent en scène des simulacres au nom du sacro-saint divertissement. Qui imaginent des histoires en lieu et place de faire l’Histoire.

Selon Shakespeare, « Le monde entier est une scène et les hommes et les femmes ne sont que des acteurs ». Certains squattent les premiers rôles tandis que d’autres font acte de figuration. Un malheureux fouille les poubelles de l’hôtel Martinez, prenant garde de ne pas réveiller le réalisateur dormant du sommeil du brave ; de celui qui vient d’obtenir la palme d’or pour avoir parfaitement su saisir en cinémascope toute la misère du monde.

Silence. Ça tourne. En rond.

 

Guillaume Meurice

20/05/2012

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