Proie de cuissage

« Il n’est rien de si doux que de triompher de la résistance d’une belle personne » affirme Don Juan, séducteur invétéré dont la fin semble justifier les moyens. Mensonges, promesses et belles paroles, tel est l’arsenal rhétorique du maître de Sganarelle pour s’attirer les charmes de la gente féminine. Sans toutefois jamais outrepasser les limites de caresses déplacées ou de baisers non consentis. Des limites consignées jusqu’alors dans la loi française sous la dénomination « harcèlement sexuel », et qui permettaient de différencier « vous ne m’êtes point obligée de tout ce que je dis, et ce n’est qu’à votre beauté que vous en êtes redevable », de la sordide mais néanmoins traditionnelle main au cul.

Un texte juridique quelque peu ambigu et imprécis qu’il convenait sans doute de corriger, mais qu’il était somme toute dangereux d’abroger. Ainsi fut pourtant et contre toute attente la décision du Conseil constitutionnel saisi par Gérard Ducray, ancien député condamné l’année passée à 3 mois de prison avec sursis et 5000 euros d’amende pour avoir confondu les méthodes de séduction du héros de Molière avec celles de Dominique Strauss-Kahn. Une défaite dramatique pour des centaines de femmes dont les dépôts de plainte deviennent immédiatement obsolètes. Une victoire inespérée pour tous les hommes obligés de jouir du pouvoir pour, sans scrupule, pouvoir jouir.

Ami piètre charmeur au physique ingrat et au verbe quelconque, Youporn te déçoit, l’onanisme te lasse, la tentation t’étreint d’un rapport forcé avec le sexe faible ? Ne prends plus le risque de tomber sous le coup d’un code pénal discriminatoire envers tes pulsions quelques peu excessives mais néanmoins sincères. Attache toi les services d’une secrétaire avenante et fais toi plaisir. Profite de la chance que tu as de vivre dans un pays qui respecte le droit des femmes à se taire et à subir.

Car prédateur sexuel, tu n’es plus seul. Les membres décatis de la plus estimable institution française ont pensé à toi. Dans leur infinie miséricorde, eux qui ne peuvent plus concevoir l’acte d’amour qu’en souvenir lointain, t’exhortent de les venger du naufrage de leur libido sinistrée. Si « quand elle dit non, c’est non », ne lui demande pas son avis.

Certes, le harcèlement sexuel n’est pas unilatéral, tant il existe quelques rares exemples de salariés victimes d’agissement suspect de leur supérieure hiérarchique. Des cas isolés qui serviront sans nul doute de caution à certains experts pour justifier une décision qui ne serait en aucun cas une mesure discriminatoire à l’encontre des femmes. Ces mêmes esprits vicieux qui se drapent dans leur morale pour mieux travestir la Justice.

Et Don Juan de conclure : « L’hypocrisie est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertus ».

 

Guillaume Meurice

06/05/2012

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1 commentaire

Classé dans CHRONIQUES

Une réponse à “Proie de cuissage

  1. Nelly

    Celui-là je l’ai lu ! 🙂
    Car j’en ai été victime. C’est très grave ce qu’il se passe, très grave.

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