Liens du sang

Bachar el-Assad tremble d’effroi dans les ténèbres de son palais, transi d’angoisse devant la décision prise à l’unanimité par le conseil de sécurité dé l’ONU : l’envoi sur le territoire syrien d’une troupe d’élites de 300 observateurs férocement armés de blocs-notes et de stylos 4 couleurs. Leur objectif : décrire, rapporter, témoigner. Afin que plus personne ne puisse ignorer ce que tout le monde sait déjà.

En l’occurrence, 13 mois de conflit. Au moins 9000 morts. Des manifestations réprimées cruellement par un dictateur sanguinaire. Des appels au secours permanents de civils en détresse. Des villes détruites. Des vies brisées. L’horreur comme seul quotidien. L’oppression comme seul avenir. La fuite comme seul espoir. Sans négliger une circonstance aussi tragique qu’aggravante pour le peuple syrien : Bernard-Henri Lévy est en vacances.

Et nul besoin de préciser qu’il n’a choisi comme lieu de villégiature, ni les faubourgs animés de Damas, ni les charmes exaltés des boulevards de Homs. Dommage pour lui car il aurait ainsi pu profiter, au même titre que les 300 bérets bleus bientôt dépêchés sur place, de la visite guidée et commentée par les colonels de l’armée régulière : « Sur votre droite, vous pouvez distinguer le cadavre d’un ex-futur terroriste de 6 ans qui préparait une attaque kamikaze, comme en témoigne le Bison 4 que l’on peut encore apercevoir dans les restes de sa main mutilée ».

L’occasion pour ces observateurs occidentaux de constater l’efficacité toujours redoutable des armes de guerre fabriquées dans leur « démocratie », puis vendues aux forces militaires du régime de Bachar el-Assad. Fusils d’assaut made in USA. Missiles de fabrication suédoise. Chars de combat russes. Des engins de mort dont personne ne pouvait imaginer qu’un jour, ils seraient utilisés pour tuer.

Alors aujourd’hui, la communauté internationale contemple impuissante une guerre civile qui s’éternise et sombre chaque jour un peu plus dans la barbarie. Proposant de nouvelles règlementations quant à l’acquisition d’équipements militaires ? Réfléchissant à la nécessité d’une démilitarisation mondiale progressive concertée ? Absolument pas. Les pleurs et les cris ne pesant certainement pas suffisamment lourd dans la balance commerciale des pays industrialisés.

Alors ne reste aux dirigeants politiques et autres émissaires diplomatiques qu’à afficher une indignation de façade, qui bien que gratuite, est paradoxalement payante. Faire oublier les liens les unissant jadis au bourreau dévoyé et ainsi poursuivre en toute simplicité leur business.

Aux innocents les mains pleines. De sang.

 

Guillaume Meurice

23/04/2012

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Classé dans CHRONIQUES

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