Voter à blanc

Le 22 avril prochain, la foule citoyenne aux urnes est convoquée. Parmi elle, nombreux sont celles et ceux qui s’y rendront avec la ferme intention de faire entendre leur voix. Après mure réflexion, par simple tradition, par peur ou par envie, avec joie ou bien dépit, leur choix se portera sur l’une ou l’un des candidats déclarés à la présidence de la République. Hormis cependant pour celles et ceux qui, mécontents de l’offre disponible, préfèreront clamer leur immaculée consternation par un vote comptabilisé comme blanc.

Car comptabilisé il le sera. Avec les bulletins dits nuls et contrairement à ce que prétendent régulièrement certains experts en plateaux télés davantage qu’en droit constitutionnel. Simplement, il ne sera naturellement pas pris en compte dans les suffrages exprimés. Et comment pourrait-il en être autrement ? Qu’exprime une feuille blanche ? Un bulletin vierge ? Sinon le simple fait de considérer un choix comme le renoncement à toute idée de pureté.

Car évidemment, sauf à se présenter soi même, aucun candidat ne sera jamais l’exact reflet de sa pensée et de ses propres attentes. Dès lors, il s’agit pour tout un chacun d’envisager et de jauger ses accointances et ses affinités avec le programme, le parcours, la personnalité de telle ou tel postulant à la fonction suprême. Du communisme au nationalisme en passant par le centre mou et la droite dure, être en désaccord total avec l’ensemble des propositions relève de la mauvaise foi. Combien faudrait-il alors d’aspirants pour contenter l’ensemble du corps électoral ? Le double ? Le triple ? Que désire réellement l’esprit chagrin dont aucune candidature ne trouve grâce à ses convictions ? Demanderait-il la lune que Jacques Cheminade s’empresserait de promettre de la décrocher.

La reconnaissance du vote blanc comme un suffrage exprimé continue pourtant d’être réclamée avec insistance par quelques associations citoyennes. Considérée comme une manifestation nécessaire du vote contestataire, elle permettrait de sonder l’état de la démocratie française en faisant annuler le scrutin en cas de majorité relative. Avec une issue pour le moins étonnante : recommencer l’élection en évinçant les participants déchus. Considérant sans doute que d’une génération spontanée de dirigeants politiques vertueux surgira, lors de cette seconde consultation, la femme ou l’homme providentiel, sauveur de la représentation nationale, tel un preux et loyal chevalier. Blanc.

Si la pratique de la politique ne se limite pas aux rendez-vous électoraux, ils n’en demeurent pas moins des instants décisifs pour l’avenir d’un pays. L’engagement est d’autant plus pénible que le choix est délicat. Certes, en tombant amoureux d’un fantasme, aucune chance d’être cocu. En refusant de choisir, impossible de se tromper.

Mais en ne disant rien, le risque est grand de ne pas être entendu.

 

Guillaume Meurice

14/04/2012

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1 commentaire

Classé dans CHRONIQUES

Une réponse à “Voter à blanc

  1. Jean de Paris

    Un bel appel à la responsabilité citoyenne et au courage de l’engagement. Mais halte à la discrimination ! prenons en compte aussi les votes noirs, jaunes et rouges ! Mais ce qui compte avant tout c’est d’aller voter.

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