Devoir de philosophie

Diogène de Sinope. Philosophe grec dont la particularité est le renoncement à tout objet ou comportement n’ayant pas une utilité essentielle. Grand rival de Platon, il vivait seul dans une amphore, au mépris des conventions sociales et des considérations matérielles, avec pour unique protection un vieux manteau usé. Clochard intentionnel, libre et consentant. Citoyen athénien ayant choisi un mode d’existence dont l’existence est en passe de devenir à la mode.

En effet, respectueux d’une tradition philosophique séculaire, les instances dirigeantes grecques, en accord avec le FMI et le parlement européen, ont décidé de rendre hommage à la pensée de Diogène en incitant tous ses compatriotes à adopter son attitude. Pour les plus récalcitrants d’entre eux, des mesures ont été prises, telle la hausse de la TVA, des licenciements économiques massifs, la réduction drastique des salaires… Ainsi peut-on observer des familles entières quittant logement et emploi pour tendre progressivement vers la misère et le dénuement. Un véritable succès populaire, exception faite de quelques ignorants revêches qui persistent à défendre un conformisme platonique.

Car l’enjeu est de taille et cette mise en pratique de la sagesse en acte ne se limite pas à son aspect culturel. Elle se place également sous l’égide d’un système de notation mis en œuvre par divers organismes sensés juger du résultat efficient de la manœuvre. L’objectif pour le gouvernement grec étant bien évidemment d’améliorer sa pitoyable note auprès de ces nouveaux maîtres d’écoles philosophiques.

Et tant pis si, pour arriver à leur fin, ils doivent trahir le cynisme dont se revendiquait Diogène, celui d’une certaine lucidité et d’une prise de distance par rapport aux convenances, pour le transformer en synonyme d’immoralité et de mépris assumé. Celui dont jouissent aujourd’hui les établissements bancaires qui empruntent aisément à des taux dérisoires pour prêter sans vergogne à des taux humiliants. Celui des dirigeants européens qui se taisent face à l’injustice et la souffrance. Celui d’un pouvoir gouvernemental aveugle, sourd, et incapable d’infléchir ni le cours de l’Histoire, ni le cours de la bourse.

Lorsque le peuple grec répliquera à ses oppresseurs comme Diogène de Sinope face à Alexandre Le Grand : « Ote toi de mon soleil ! », l’heure sera venue d’une démocratie véritable dont les fondements se situent également dans les faubourgs de la cité athénienne.

La liberté se définit-elle comme un pouvoir de refuser ? Vous avez quatre heures.

 

Guillaume Meurice

11/03/2012

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2 Commentaires

Classé dans CHRONIQUES

2 réponses à “Devoir de philosophie

  1. André Canessa

    Diogène vivait plutôt dans un « pithos », une sorte de grosse jarre (non, parce que, pour vivre dans une amphore, il faut être encore plus mince que Manuel Pratt… c’est dire !…).

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