Peine de prisonnier

« Ouvrir une école, c’est fermer une prison » proclamait Victor Hugo, qui pour faire le malin, n’hésitait pas à nier toute contrainte économique. Ainsi, en France, la tendance serait plutôt inverse. Plus de 60 000 postes d’enseignants supprimés durant les cinq dernières années, pour plus d’une dizaine de prisons crées durant la même période. Toutefois, si fermer une école est à la portée du moindre ministre de l’Éducation nationale consciencieux, construire un centre pénitentiaire reste un investissement coûteux. Et les places disponibles sont loin de suivre le rythme du démantèlement du système scolaire. Résultat : Une surpopulation carcérale record, des détenus entassés dans des cellules, tels de vulgaires élèves de ZEP à qui un amoureux de littérature du XIXème, mi-professeur de français, mi-Lexomil, tente vainement de faire comprendre que Notre Dame de Paris n’est pas seulement l’œuvre majeure de Patrick Fiori.

De plus, l’auteur des Misérables, dans son élan romantique aux reflets gauchisants, fait mine de ne pas considérer le milieu carcéral comme ce qu’il est en réalité. Un lieu d’apprentissage et de formation digne des plus grandes écoles de la République. Le Science Po de la criminalité. Le Polytechnique de la délinquance. L’ENA du grand banditisme. Une formidable opportunité pédagogique pour tout esprit avide de connaissances dans bon nombre de spécialités. Vol en réunion, trafic de stupéfiants, agressions en tout genre. Cours théoriques, mise en pratique, rencontres avec les professionnels du secteur, création d’un réseau solide.

D’autant plus aisée sera la réinsertion professionnelle du futur ex-détenu. D’autant plus évidente sera sa probabilité de récidive, aléa indispensable à un gouvernement basant sa politique sur la peur des citoyens et le culte du fait divers. Toutefois, quelques âmes embastillées, sensibles à la promiscuité et réticentes à la vie en communauté, préfèrent s’évader en silence d’un cercle aussi vicieux que le système judiciaire. Loin d’un quelconque ténor des barreaux et de l’ombre de ces derniers.

Ainsi, les apôtres de l’économie libérale peuvent compter sur un phénomène qui n’en finit plus de faire ses preuves en matière d’autorégulation : Le suicide. Environ une centaine chaque année dans les prisons françaises. Cette nouvelle forme de peine de mort consentie, plus personnelle, plus artisanale, moins couteuse moralement, permet à la fois de libérer de la place pour de nouveaux arrivants, tout en gardant la tête haute, fière et intacte du pays ayant aboli la guillotine.

La peine capitale que Victor Hugo pensait comme « le signe spécial et éternel de la barbarie » a muté sous d’autres formes plus pernicieuses. « Et l’horreur n’étreint pas ce noir peuple unanime – Quand ils font pour punir ce qu’ils ont nommé crime – Au nom de ce qu’ils ont appelé vérité – Sur la vie, ô terreur, tomber l’éternité ».

 

Guillaume Meurice

19/02/2012

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3 Commentaires

Classé dans CHRONIQUES

3 réponses à “Peine de prisonnier

  1. Le Science Po de la criminalité. Le Polytechnique de la délinquance. L’ENA du grand banditisme ? Pléonasmes !

  2. Little big fred

    Super papier Guillaume…L’écriture! Quel lyrisme dans le style ressort l’impertinence et la pertinence du propos comme toujours! Bravo!

  3. gourvinec

    C’est navrant une telle démagogie digne d’un fonctionnaire de l’instruction publique. C’est justement en abandonnant l’éducation des jeunes à l’école que celle-ci devient un creuset de délinquance. Le nombre d’enseignants est bien suffisant, il faudrait seulement que tous travaillent à enseigner.
    Si on fait le rapport nb d’élèves sur nb d’enseignants on arrive à 14 élèves par enseignant . Pourquoi des classes de 35 élèves? C’est vrai, les embauches passent par les syndicats!

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