Dégoût et des couleuvres

« Ils ont trouvé les moyens que tu puisses être en même temps rapide et propre » affirme, face caméra, un jeune employé Mc Donald’s, dans une publicité pour la firme américaine diffusée depuis quelques mois. Dans ce document qui nous prouve que l’on peut se prétendre spécialiste du hamburger sans pour autant être celui de la syntaxe, il est toutefois intéressant de noter une nouvelle manière pour la multinationale de communiquer. Se laver de tout soupçon quant au non-respect des normes d’hygiène. Avoir les mains propres.

Trois spots retransmis régulièrement sur les écrans interpellent le téléspectateur sur ce même thème. Sous forme de témoignages, se succèdent les salariés nous avouant volontiers que « la propreté, c’est la priorité une », « on fait tomber un truc à terre, on va le mettre à la poubelle », dans une série de déclarations qui sonnent comme autant d’aveux tardifs de repentance douteuse. Une nécessité de précision aussi troublante que suspecte. Feriez-vous confiance à votre véhicule si la publicité du constructeur confiait « Achetez nos voitures ! On vous garantit que les ouvriers qui ont fabriqués les freins ne les ont pas sabotés ! » ?  Embarqueriez-vous à bord d’avions d’une compagnie aérienne qui affirmerait « Chez nous, les pilotes ne sont absolument pas défoncés à la vodka durant les manœuvres d’atterrissage » ?

En outre, le guide Michelin prend-il le soin de spécifier « Joël Rebuchon ne se mouche pas dans le carpaccio de saumon au basilic, de même qu’il ne vomit jamais dans la sauce gribiche » ? Assurément non, objectant qu’un restaurant a certainement d’autres arguments à faire valoir, celui d’un certain savoir faire en matière de gastronomie par exemple. Une préoccupation bien loin des priorités de la chaine Mc Donald’s qui est à la l’art culinaire ce qu’un film porno amateur zoophile allemand est à l’érotisme.

Ainsi, et toujours dans ce même élan d’hygiénisme radical et de transparence factice, d’autres vendeurs de graisse sur place ou à emporter y vont de leur fierté d’appartenir à une équipe qui envoie à la poubelle des centaines de sandwichs non vendus tous les jours. Au prétexte que ces derniers doivent être consommés dix minutes après leur conception, et au mépris de l’apocalypse quotidienne de ceux qui subissent la faim du monde.

Une conception somme toute singulière et triviale de la restauration qui promet des campagnes de publicité encore plus surprenantes. « Avec le Mc Couleuvre, venez avaler tout et n’importe quoi ! ».

Première règle d’hygiène chez Mc Donald’s : le lavage de cerveau.

 

Guillaume Meurice

30/01/2012

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Classé dans CHRONIQUES

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