Naufrages bateaux

Le Concordia. Nom prémonitoire d’une fierté nationale au destin tragique. Majestueux vaisseau gisant sur le flanc telle une bête blessée. Puissance emblématique du génie humain terrassée par un caillou. À toi les gros titres de la presse internationale. À toi et à tes milliers de passagers, aventuriers des temps modernes, Magellans en bermudas. À ton agonie, les ventes de Paris Match reconnaissantes.

Une image saisissante. Un naufrage inédit. Ainsi que les ingrédients nécessaires à un succès médiatique assuré : Du suspens, des larmes, des rebondissements, des victimes innocentes, un capitaine si fourbe qu’il ferait passer Éric Besson pour l’incarnation vivante de la loyauté. BFM TV en a rêvé, Costa Croisières l’a fait !

Une formidable leçon pour ces dizaines de milliers d’hommes et de femmes qui fuient chaque jour leur pays d’origine pour tenter de survivre en terres moins hostiles,  prenant d’assaut des mers déchainées, à bord de frêles esquifs loués par de généreux passeurs pour quelques milliers d’euros symboliques. Un exemple pour tous ces naufragés anonymes, incapables de mettre leur détresse au service de la société du spectacle.

Fini le temps bénis des boats people où quelques miséreux juchés sur des chambres à air à la dérive suffisaient à attirer le regard avide de caméras intrusives. Aujourd’hui, la misère ordinaire ne suffit plus à déclencher l’apitoiement de la ménagère de moins de 50 ans, trop habituée aux turpitudes d’un monde qu’elle observe, circonspecte, à travers sa fenêtre à écran plasma.

Une remise en question semble donc nécessaire pour toutes celles et ceux qui ont l’insolente prétention d’intéresser la sphère médiatique à leur mésaventure personnelle. Les débris d’une vulgaire barque en bois, bien que dispersés autour de quelques corps sans vie, ne permettent plus de rentabiliser le séjour sur le terrain d’un journaliste téméraire et intrépide comme Bernard de la Villardière.

Innovez. Soyez audacieux. Créez le buzz. Gardez à l’esprit qu’une misère non télégénique est une misère qui n’existe pas. Faites participer à vos tentatives de traversées des touristes occidentaux en manque de sensations fortes. N’hésitez pas à échouer près des côtes pour faciliter le travail des reporters sujets au mal de mer. Préférez les paquebots de luxe à vos embarcations de fortune.

La notoriété et la compassion de l’opinion publique sont à ce prix. « Quand vous avez goûté à une croisière Costa, c’est difficile de revenir à la vie de tous les jours » affirmait le slogan de la marque. Ne négligez pas l’humour.

 

Guillaume Meurice

22/01/2012

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1 commentaire

Classé dans CHRONIQUES

Une réponse à “Naufrages bateaux

  1. Superbe Report sur le Costa condordia,
    effectivement c’est difficile de revenir à la vie de tous les jours avec COSTA 😀

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