Paire de symboles

À chaque époque ses héros, ses emblèmes, telles les balises d’une civilisation sur la route du progrès. Tout à la fois inséparables d’un fragment d’Histoire marqué par leur audace, et révélateurs d’une période dans laquelle ils trouvèrent un terrain propice à leur consécration. Léonard De Vinci et la Renaissance. Voltaire et le siècle des Lumières. Aujourd’hui, un nouveau nom fait son entrée avec fracas dans ce Panthéon peuplé d’illustres ascendants. Celui de Jean-Paul Mas, ancien patron de l’entreprise P.I.P, spécialiste de la fabrication de prothèses mammaires, père de seins falsifiés.

En effet, dans un avenir lointain, les historiens qui étudieront les années 2000 seront indiscutablement fascinés par ce personnage emblématique qui réunit à merveille les deux caractéristiques principales de son époque. Tout d’abord, par le biais de son métier, qui consiste à vendre à des femmes la possibilité de ressembler à l’image que la société exige d’elles. En repoussant les limites du mascara et des cures de Botox pour poupées gonflées. En se positionnant comme redresseur de poitrines qui tombent à point nommé pour le business de Jean-Paul. Un commerce symptomatique d’une ère où ne pas paraître est hors de question.

Et puis en révélant, en quelques jours, l’image d’un responsable assumant des pratiques courantes, mais jusqu’alors dissimulées dans le monde de l’entreprise. Accusé de la commercialisation de prothèses à base de gel cancérigène, au cœur d’un immense scandale sanitaire, il répond impassible : « Je l’ai sciemment fait car le gel PIP était moins cher ». Une logique implacable, fondement des lois économiques régissant le monde moderne. Là où certains y voient une marque de cynisme, observons plutôt un aveu honnête du brave Jean-Paul qui n’a pas cru nécessaire d’axer sa défense sur autre chose que sa passion pour l’argent.

Toutes les femmes concernées par ces implants doivent désormais prier pour que les publicitaires et autres créateurs de tendances, remettent au goût du jour des tailles de bonnets plus humbles. Elles qui ont l’obligation de retirer le plus vite possible leurs charmes en plastique sous peine de génocide imminent de victimes de la mode.

Deux symboles forts caractérisant notre société contemporaine que constituent cette frénésie pour l’inutile, ainsi que la manière déculpabilisée de le produire. Jean-Paul Mas est donc le fruit de son époque, autant qu’il en est le ver qui la profane.

Futilité et mépris sont les deux mamelles de ce début de siècle.

 

Guillaume Meurice

08/01/2012

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Classé dans CHRONIQUES

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