Espèce d’imbéciles !

1859. Charles Darwin. De l’origine des espèces. Ouvrage majeur et révolutionnaire dans lequel le naturaliste développe sa désormais fameuse Théorie de l’évolution basée sur le principe de sélection naturelle : « Tout être, s’il varie, même légèrement, d’une manière qui lui est profitable, aura une meilleure chance pour survivre, et ainsi se retrouvera choisi d’une façon naturelle ». Pour exemple, l’ours brun, durant des dizaines de milliers d’années, a vu son apparence et ses habitudes se modifier aux rythmes de bouleversements environnementaux, afin d’exister sous l’aspect que nous lui connaissons aujourd’hui. Désormais, un nouveau défi s’offre à lui avec l’apparition d’un nouveau facteur d’adaptation plus vaste et davantage ardu : la bêtise humaine.

C’est le cas notamment dans les Pyrénées où les quelques individus réintroduits devront déjouer les facéties de l’espèce autoproclamée la plus évoluée de la biosphère. Seuls survivront les ours dotés d’un estomac capable de digérer les morceaux de verre, astucieusement dissimulés par quelques esprits malicieux, dans des pots remplis de miel. Ceux qui auront réussi à manier de leurs agiles pattes, quelques liasses de billets afin d’acheter la viande de brebis directement à l’honnête éleveur subventionné. Enfin, ceux dont l’apparence physique ne saurait être trop similaire à celle d’un potentiel gibier ; morphologie fâcheuse aux allures de provocation pour le paisible chasseur du dimanche à la vue aussi limitée que ses capacités de résistance au Beaujolais nouveau.

De même, dans un monde moderne tout entier acquis à la cause de l’Homo Sapiens Sapiens et à son obsession pour le productivisme frénétique, il parait insensé de continuer à s’enfermer six mois de l’année dans une tanière avec comme seul et unique projet celui de dormir. Cela, quelques représentants parmi les plus dociles des plantigrades l’ont bien assimilé, participant à leur manière à l’activité économique de leur pays respectif. Certains, en tant qu’amuseurs de chalands, tournant en rond à l’ombre des grilles de centres animaliers de détention. D’autres dans de tristes chapiteaux, comme animateurs de foules désœuvrées, jouant à merveille le rôle de l’animal menaçant sous le contrôle dérisoire d’un joueur de fouet pathétique.

Pour les autres, pas d’avenir possible. Pour les ours comme pour toute espèce vivante sommée de se trouver une raison d’exister compatible avec le bon vouloir du genre humain. Un genre encombrant pour l’ensemble des habitants de la planète, pressés de voir disparaitre, étouffé dans sa bêtise et sa suffisance, l’hostile colloca-Terre.

À moins que l’Homme ne parvienne lui aussi à s’adapter à un ordre nouveau, à accepter une paix durable dans la guerre qu’il mène au monde du vivant. Alors peut-être pourrons-nous enfin parler d’une théorie de l’évolution des mentalités.

 

Guillaume Meurice

01/01/2012

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Classé dans CHRONIQUES

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