Femme de damné

Femme de l’année 2011. Ainsi a été désignée Anne Sinclair, par le magazine Terrafemina, suite à un sondage de l’institut CSA. Une récompense amplement méritée tant elle a su, durant ces derniers mois, faire preuve de combativité, d’abnégation, et de dignité face à différentes épreuves traversées avec éclat et brio. Un modèle à suivre pour toutes les femmes incapables de se hisser à la hauteur de la championne pour lui disputer son titre. Les caissières à 600€ par mois, divorcées, mère de 3 enfants ; les grands-mères grabataires, miséreuses et délaissées ; les femmes de chambre victimes de harcèlement de toutes sortes sur leur lieu de travail ; celles là même qui donnent une image dégradante de la condition féminine. 

Anne Sinclair, c’est tout le contraire de ces « looseuses » de compétition. Les sondés ne se s’y sont pas trompés en plébiscitant la multimillionnaire qui, très tôt, eut l’intelligence de naître dans une famille richissime,  puis devenir par la suite la femme de gauche que l’on connaît aujourd’hui. Redistribuant sans cesse sa fortune, tantôt en achetant des appartements dans les beaux quartiers, tantôt en voyageant à bord de jets privés. Garante d’un féminisme radical, pourfendeuse du puritanisme ambiant, bienveillante à l’égard de soirées libertines qui donnent un autre éclairage sur le titre de son ancienne émission, « 7 sur 7 ».

 Cependant, triste est de constater que cette victoire n’est due qu’à une seule et unique contingence : l’action de son bienveillant mari. En effet, sans ses frasques désormais célèbres, aucune possibilité pour la lauréate de démontrer ses talents d’épouse dévouée, au sens du sacrifice prononcé, à la fois courageuse et soumise. Une Wonder woman dont les supers pouvoirs en dollars brisèrent les menottes de celui qui peut à nouveau jouir sans entrave. Une caution synonyme de liberté pour l’être cher. Très cher.

 Ceci valait bien une juste reconnaissance de la part d’une société qui célèbre la journée de la femme comme elle le fait avec n’importe quel fléau, maladie et autre calamité. D’une communauté humaine dans laquelle les lois autorisent le viol commis sur les prétendues menteuses. Mais également dans un système de pensée où toute différence inclut nécessairement une hiérarchie. Un classement entre Nolwenn Leroy, Marine Le Pen et Tristane Banon pour choisir la femme de l’année, en attendant celui entre Christophe Maé, Goebbels et le petit Grégory pour déterminer l’homme du siècle.

 Cette même logique du rapport dominant/dominé qui autorise à  surnommer la moitié le l’humanité, le sexe faible. Un sexe parfois convoité avec violence par des prédateurs considérés comme de simples hommes à femmes.

 Anne Sinclair, pour conserver son titre, devra continuer à chérir son homme infâme.

 

Guillaume Meurice

25/12/2011

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Classé dans CHRONIQUES

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