Grains de folie

La nature est mal faite.

Lorsque vous semez une graine dans des conditions météorologiques favorables, elle germe jusqu’à s’épanouir et devenir irrémédiablement un sujet du règne végétal. Une plante, qui produira de nouvelles graines, qui pourront ensuite être semées, et ainsi de suite… Sans raison apparente. De façon arbitraire. Gratuite.

Ainsi, et depuis des millénaires, sans jamais se remettre en question, avec une arrogance et un dédain notoire, les végétaux se reproduisent inlassablement au mépris des règles fondamentales de l’économie moderne. Une véritable provocation à l’heure de la privatisation des matières premières, alors que le moindre grain de maïs excite le spéculateur sur l’étal des marchés financiers.

Aussi, il était temps que cet anachronisme disparaisse. En ce sens, une loi adoptée il y a quelques jours par l’Assemblée Nationale oblige chaque agriculteur semant des graines de sa propre production à payer une taxe aux professionnels du secteur : les semenciers. Valeureux entrepreneurs tirant profit de leur emprise sur une partie de la biodiversité, proxénètes de Dame Nature.

De quoi mettre fin à l’insupportable privilège des quelques paysans encore aveuglés par leur archaïsme primaire, incapables de vivre avec leur temps, celui de l’avènement d’une nouvelle manière d’appréhender le vivant. Lorsque tout le patrimoine génétique sera aux mains de bienfaiteurs de l’humanité tel Monsanto et consorts, l’être humain triomphera enfin de la vanité insolente de quelques vulgaires espèces vivantes anarchistes et rebelles, naïves au point d’envisager leur croissance loin de celle du PIB.

Ainsi, il sera bientôt également envisageable de taxer la pluie au profit de Véolia, sous peine de voir la firme leader sur le marché de l’eau attaquer les nuages en justice pour concurrence déloyale. Idem pour la lumière du soleil au profit d’EDF. L’air frais d’un soir d’été au profit des marchands de climatiseurs. L’amour libre au profit des sites de rencontres. La méchanceté gratuite au profit de Marc-Olivier Fogiel.

En attendant ce temps béni pour les bourses du monde entier, l’être humain encore quelque peu soucieux de ses libertés fondamentales devra en profiter avant qu’elles ne soit définitivement jetées en pâture. En ce qui concerne son alimentation, il n’aura guère d’autre alternative que le conseil du héros Candide de l’œuvre éponyme de Voltaire : Cultiver son jardin.

Prenez en de la graine !

 

Guillaume Meurice

11/12/2011

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Classé dans CHRONIQUES

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