Sots parachutés

Jouer au basket contre une équipe de tétraplégiques manchots déficients visuels. Et gagner. Sans tricher. En respectant les règles. Mais triompher.

Affronter sur un ring de boxe un enfant de deux ans anémique unijambiste. Et le terrasser. À la loyale. En respectant les codes d’honneur. Mais vaincre.

Se présenter aux élections sous la bannière UMP dans le 7ème arrondissement de Paris. Et obtenir la majorité des suffrages. En toute légalité. Sans bourrer les urnes. Mais remporter le scrutin.

À vaincre sans péril on triomphe sans gloire. « Sans gloire peut-être mais on triomphe tout de même ! » répondra le député fraichement élu en savourant le champagne fraichement servi. « Fini la bière et la limonade ! » ajoutera-t-il, célébrant ainsi sa victoire sans Panach’.

Une campagne électorale, comme toute compétition, requiert force, abnégation et sacrifices. Certains d’entre les concurrents n’hésitent pas, avec beaucoup de courage et une bonne dose d’insouciance, à abandonner leur région d’origine pour tenter leur chance dans des circonscriptions gagnées d’avance. Bravant infamies et médisances, sollicitant les suffrages de citoyennes et citoyens majoritairement acquis à leur cause. Loin de leurs terres. Exilés. Réfugiés politiques.

Combien de François Fillon quittant, non sans déchirement, sa Sarthe natale pour « monter » à la capitale ? Combien de Jack Lang obligé de délaisser les problématiques économico-sociales de Saint-Germain-des-Prés pour arpenter les marchés de Boulogne-sur-Mer ? Combien de Cécile Duflot, militante du repeuplement des campagnes, contrainte à un exode rural forcé ?

Tant pis si les élus locaux doivent y laisser leur place. Tant pis si la manœuvre est grossière. Tant pis si les électrices et électeurs ne sont plus dupes des petits arrangements entre amis opportunistes. Tant pis si la démocratie y perd du crédit dans l’opinion publique. Tant pis si ces régiments de parachutés sautent sur la moindre occasion de mettre leur ambition personnelle au service de leur ambition personnelle.

Seule la victoire est belle. La victoire du cynisme triomphant sur une certaine forme d’intégrité résolument désuète. La victoire de beaux parleurs dont la confiance qu’ils ont d’eux même et du suffrage universel se limite au strict minimum. De ceux qui ne prennent pas le risque de tomber de haut sans l’assurance d’un point de chute confortable. Qu’ils cessent de brasser de l’air pour ralentir leur chute.

Qu’ils s’écrasent.

Guillaume Meurice

19/11/2011

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Classé dans CHRONIQUES

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