Siècle vicieux

L’argent ne fait pas le bonheur. Exclusion, solitude, névroses. Tel est le sombre quotidien de nantis angoissés. Le succès suscite l’envie. La chance provoque la jalousie. L’opulence induit l’isolement. Chaque individu amené un jour à tutoyer les cimes de la notoriété, de la réussite, du pouvoir, connaitra irrémédiablement ces cruels tourments d’infortunés millionnaires. Pauvres riches…

Heureusement, des âmes charitables et solidaires se battent sans relâche pour empêcher le désespoir de gagner les plus puissants d’entre nous. C’est le cas d’une association dénommée Le Siècle qui, chaque dernier mercredi du mois, au sein du palace parisien Le Crillon, réunit tout ce que la France compte de journalistes à succès, de politiques en place, de femmes et d’hommes d’affaires influents. Loin du tourbillon de l’actualité. De la folie médiatique. Juste le temps d’une pause salvatrice, en compagnie de l’élite de la Nation, autour d’un bon repas chaud. La crème de la crème. Les grosses légumes. Bref, le gratin.

Rien ne filtre de ce qui se passe réellement lors de cette soirée sobrement intitulée Le dîner du Siècle. Quand un puissant rencontre un autre puissant, que se racontent-ils ?

« – Vous en faites pas pour votre histoire de copain vendeur d’armes monsieur Copé. Je vous inviterai dans mon émission pour parler d’autre chose.

– Alors toi t’es vraiment chouette Elkabbach ! Dis Lagardère t’entends ça ?

– Bien sûr qu’il est chouette, il bosse dans une de mes radios. À ton pote marchand d’armes, je peux lui faire des prix si tu veux. J’en vends aussi…

– Génial ! Tenez, je vous ai ramené des cadeaux… Fiscaux, évidemment ! »

Sans nul doute, l’entraide, la fraternité, et la camaraderie prennent le pas sur les ambitions individuelles et la compétition économique. Faites l’amitié, pas la guerre. Les intérêts d’un conflit s’arrêtent là où commencent les conflits d’intérêt.

Bien sûr quelques esprits chagrins, jaloux du succès d’une telle œuvre désintéressée et philanthropique, tentent régulièrement de venir troubler la fête. Des miséreux et nécessiteux de ce pays, aveuglés par leur égoïsme outrageant, incapables d’entendre le malaise et la souffrance de la classe dominante. Des individus toutefois rapidement pris en charge par une police nationale garante d’une mission de service public de protection des plus faibles.

Regrettons simplement que bon nombre de citoyennes et citoyens déplorent le fait d’être ainsi exclus du cercle des prises de décision, et éprouvent la sensation de ne plus avoir le choix qu’entre la peste et le choléra. La peste et le choléra qui, s’ils veulent bien se laisser inviter lors du prochain dîner du Siècle, permettraient d’en finir définitivement avec l’oligarchie.

Guillaume Meurice

11/11/2011

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Classé dans CHRONIQUES

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