Un nuage de soupçon

Plus de 25 ans après les faits, la justice a rendu son verdict. C’est désormais officiel, l’explosion du réacteur numéro quatre de la centrale nucléaire de Tchernobyl n’a eu aucun impact néfaste en matière de santé sur la population française. Non-lieu pour le professeur Pellerin, jusqu’alors mis en examen pour « tromperie aggravée », accusé d’avoir négligé les risques encourus sur le territoire national suite à l’accident. N’en déplaise aux quelques grincheux usant et abusant de leur cancer de la thyroïde pour tenter de jeter le discrédit sur un honnête homme, en même temps que sur une industrie fiable et innovante. On n’arrête pas le progrès aussi facilement qu’un procès.

Car si la France fut à ce point épargnée, elle le doit indubitablement à Pierre Pellerin, à l’époque directeur du SCPRI (Service Central de Protection contre les Rayons Ionisants). Pourtant, on ne rappellera jamais assez le caractère éminemment persuasif d’un rayon ionisant. Et combien il faut de tact et de diplomatie pour le convaincre de passer son chemin. Avec Pierre Pellerin, l’espace aérien français ne fut jamais ciel d’accueil pour quelque nuage radioactif que ce soit. Inflexible et scrupuleux, il fut à celui de Tchernobyl ce que Claude Guéant est au sans-papier suicidaire : La promesse d’un avenir incertain au gré des dépressions.

Ainsi, et dès les jours qui suivirent la catastrophe, il écuma les médias pour rassurer le citoyen transi d’effroi à l’idée de voir approcher les alizés stigmatisés par les effets secondaires du génie humain. « Il n’y a aucun danger » ânonnait-il à grand renfort de rapports émanant d’autorités soviétiques aussi objectives qu’un porte-parole des laboratoires Servier. Voilà l’opinion publique soulagée de pouvoir sans crainte manger les salades du jardin et croire à celles de la télévision.

Une bonne leçon de sang-froid pour tous les adeptes du catastrophisme ambiant, hurlant au scandale à chaque naissance d’un enfant à trois bras et neuf narines. Si dans la région de Tchernobyl, les retombées radioactives ont eu quelques effets non négligeables sur le tourisme local, celles médiatiques eurent le mérite de rendre célèbre la cité dans le monde entier. « A toute chose, malheur est bon », y compris pour celles et ceux qui ne voient pas plus loin que le bout de leur pauvre et unique appendice nasal.

Malheureusement, en France, les centaines d’incidents recensés chaque année sur les centrales nucléaires ne suscitent guère plus d’intérêt que la souffrance des malades de la thyroïde, victimes d’un déni de justice qui leur restera pour toujours en travers de la gorge.

 

Guillaume Meurice

10/09/2011

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Classé dans CHRONIQUES

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